
Affaire Adidas Bernard Tapie – Dans les années 1980, Bernard Tapie était surnommé le « Zorro des affaires » et représentait l’essor économique et social de l’époque. Après près de 15 ans de combat contre son ancienne banque, le Crédit Lyonnais, dans l’affaire “Adidas”, Tapie a finalement gagné.
Le tribunal arbitral, créé pour mettre fin à cette longue procédure judiciaire, a rendu sa décision finale sur la question le 7 juillet et a ordonné que la part du lion des dommages et intérêts s’élève à 285 millions d’euros. Retour sur le scandale rocambolesque qui secoue actuellement l’Assemblée nationale française.
Les premiers pas de Bernard Tapie dans le monde de l’entreprise
Nous approchons de la fin des années 1970. Bernard Tapie, aujourd’hui trentenaire, décide de se lancer à son compte en rachetant des entreprises en difficulté au bord de la télécabine, en les rénovant et en les revendant avec profit. Parmi les titres qu’il a ramenés ces dernières années figurent La Vie Claire, Testut, Wonder et Manufrance.
Chacune de ses opérations s’appuie sur les conseils de Jean-Louis Borloo, alors avocat spécialisé dans les procédures collectives et les entreprises en difficulté, et sur les prêts substantiels que la Société de Banque Occidentale (SDBO), filiale du Crédit Le Lyonnais, le donne gratuitement. En parallèle, Bernard Tapie amasse une fortune considérable sous la forme d’une collection d’antiquités, d’œuvres d’art ou encore du célèbre yacht Le Phocéa, situé avenue des Saints-Pères.
Une structure juridique simple et commune regroupe l’ensemble du patrimoine de M. et Mme Tapie : le Groupe Bernard Tapie (GBT) et la Financière et Immobilière Bernard Tapie (FIBT), le premier détenant le patrimoine industriel et la seconde le patrimoine immobilier. Toutes deux sont des sociétés anonymes de droit français et sont détenues par M. et Mme Tapie.
Le rachat d’Adidas par Bernard Tapie
Nous voici en 1990, et Bernard Tapie a une machine commerciale très bien huilée. Il est devenu public pour la première fois en 1989 par l’intermédiaire de Bernard Tapie Finance (BTF), filiale à 100 % de GBT S.N.C. qui fait office de dépositaire de toutes les actions de Tapie dans les sociétés réorganisées.
C’est alors qu’il prend la décision de faire « l’affaire de sa vie » et de racheter Adidas. Après le décès prématuré du fils du fondateur, qui avait repris l’entreprise familiale, les héritiers ont décidé de vendre l’équipementier sportif allemand en difficulté, qui compte trois divisions.
À cette fin, BTF S.A. crée une filiale allemande appelée BTF GmbH, qui achète 80 pour cent du capital d’Adidas A.G. pour 1,6 milliard de francs suisses via un prêt synchronisé de l’Organisation bancaire et de développement suisse (SDBO). L’administration et le marketing de la marque sont deux domaines que Bernard Tapie compte relooker. Peu de temps après, BTF GmbH a racheté les 15 % restants des actions du détaillant de vêtements suisse Metro, augmentant ainsi sa participation à 95 %.
La vente d’Adidas
Aujourd’hui, en 1992, Bernard Tapie est nommé ministre de la ville, poste qui sera occupé plus tard par son avocat, Jean-Louis Borloo, pendant toute une décennie. Il décide d’accorder toute son attention à la politique et d’abandonner le monde des affaires. Selon l’article 23 de la Constitution, un fonctionnaire du gouvernement doit démissionner si son poste entre en conflit avec ses devoirs professionnels.
Enfin, il est important de noter que l’activité commerciale a considérablement ralenti depuis l’acquisition d’Adidas. Alors que Bernard Tapie a pu faire face à la première échéance de son prêt de 600 millions de francs en 1991, le remboursement de la deuxième échéance, soit un milliard de francs, s’annonce de plus en plus difficile:
Tapie n’a pas pu vendre ses autres actifs industriels comme prévu en 1991. pour rembourser le prêt et se concentrer sur Adidas, et le redressement de cette dernière s’avère plus compliqué que prévu. En fait, le remboursement de l’échéance initiale n’a été possible qu’en échange d’une cession partielle des parts d’Adidas, notamment à son rival britannique Portland, à hauteur de 20 %.
Dans ce cadre, Bernard Tapie réussit à vendre Adidas. La société rivale de Portland, devenue récemment investisseur, est rapidement identifiée comme l’acquéreur. L’affaire est presque terminée lorsque Portland recule brusquement, affirmant que les audits financiers ont révélé une activité sordide dans le grand livre des comptes de la sécurité sociale.
Bernard Tapie doit vite se remettre du choc de ce recul et élaborer un plan d’action. Premièrement, il achète les 20 % de parts de Portland. Les trois sociétés du groupe Tapie — FIBT S.N.C., GBT S.N.C. et BTF S.A. (d’où « le groupe Tapie ») — ont signé un protocole d’accord avec leur banque de longue date le 10 décembre 1992.
Cela comprend la vente de la participation de 78 % de BTF S.A. dans BTF GmbH à la SDBO dans le cadre d’un mandat de vente de BTF S.A., l’affectation du produit de cette vente au remboursement de toutes les dettes dues à la SDBO suite au rachat de toutes les participations minoritaires. parts sociales dans le groupe Tapie et la fusion des trois sociétés.
Bernard Tapie décide donc de restructurer complètement son groupe d’entreprises afin de pouvoir se consacrer à l’avenir à la politique. Après la signature de ce mémorandum le 15 février 1993, BTF S.A. et le SDBO ont signé un mandat pour vendre les actions d’Adidas pour 2 085 milliards de francs suisses. Le mandat a été signé le 16 décembre 1992.
Nous sommes maintenant en 1993 et la vente est finalisée. Un groupe de sociétés a acquis Adidas. La filiale du Crédit Lyonnais Clinvest augmente son dividende distribué de 9 % à 19 %.
L’UAP a acquis 3,20% via sa filiale Matinvest, tandis que l’AGF a gagné 3,30% via Métropole et 3,20% via sa filiale Banque générale du Phénix. Coatbridge Holdings et Omega Ventures, deux fonds d’investissement dont on sait presque peu de choses au-delà du fait qu’ils dépendent des banques d’affaires Citibank et SG Warburg & Co et sont plus ou moins situés dans des environnements financiers paradisiaques, se sont partagés les bénéfices.
Séparation de Bernard Tapie et de la Banque Lyonnaise
Dès 1996, le nouveau PDG du Crédit Lyonnais, Jean Peyrelevade, envisage de renégocier le protocole d’accord signé avec le groupe Tapie deux ans plus tôt. La banque du lion a connu quelques difficultés financières dans les années 1980 en raison de ses politiques agressives de crédit et d’investissement.
En fait, elle n’hésite pas à accuser amèrement son client de quinze ans en le reliant dans une publicité à un pigeonnier qu’elle méprise. A cette époque, Bernard Tapie est devenu le bouc-émissaire du Crédit Lyonnais, quelqu’un que l’on n’hésite pas à montrer publiquement du doigt.
Après l’échec de la mise en place de la structure Omnium immobilier de gestion (OIG) mise en place la même année pour les coopératives immobilières, le Crédit Lyonnais institue l’année suivante un nouveau système de capitalisation et de réduction des déficits avec la mise en place du désormais- célèbre Consortium de réalisation (CDR).
L’objectif est de débarrasser le Crédit Lyonnais de tous ses maux financiers en transférant à cette entité les actifs sous-performants ou autrement problématiques de la coopérative. Le Crédit Lyonnais doit se débarrasser de tous ses actifs mauvais et ne conserver que les actifs sains et performants.
Cette S.A.S. était à l’origine une succursale de la Banque du Lion, mais a été scindée conformément à la décision 95/547/CE de la Commission européenne du 26 juillet 1995, qui a accordé son approbation conditionnelle à l’aide apportée par la France à la Banque du Crédit Lyonnais. Le S.A.S. détient aujourd’hui environ 190 milliards de francs suisses d’actifs du Crédit Lyonnais.
Elle est désormais régie par l’Établissement public de financement et de restructuration (EPFR), organisme administratif créé à cet effet par la loi n° 95-1251 du 28 novembre 1995 relative à l’action de l’État en matière de restructuration du crédit et de l’entreprise lyonnaise.
Par l’intermédiaire du Mécanisme européen de stabilité (EPFR), l’État français, premier actionnaire du Crédit Lyonnais, finance le CDR et assume la responsabilité d’une part importante des pertes subies par la banque ; les actifs acquis auprès du Crédit Lyonnais sont revendus avec une décote en raison de leur illiquidité. En particulier, le SDBO est absorbé par CDR Créations, et Clinvest est absorbé par CDR Participations, et enfin CDR. Ce scandale Adidas fait polémique car il met en péril les fonds publics et suscite des interrogations parmi les élites politiques.
Fort de sa filiale SDBO, le Crédit Lyonnais signe le 13 mars 1994 un protocole avec les chefs de la famille Tapie, en vue de clôturer l’intégralité des comptes entre les deux parties. Le Crédit Lyonnais a donné quatre ans à Bernard Tapie pour céder l’intégralité de ses actifs et rembourser la totalité de ses emprunts, étant précisé que la valeur des meubles de la maison des Tapie donnés en garantie devra être vérifiée par un expert dans un certain délai. laps de temps.
Cependant, au bout de deux mois, le Crédit Lyonnais a déclaré le Protocole nul et non avenu au motif que l’expertise n’avait pas été mise en œuvre et que la condition suspensive n’avait pas été levée dans le délai imparti. Il exige également le remboursement immédiat de tous les prêts qui lui sont dus par la caducité du Protocole. Mais il est évidemment difficile pour Bernard Tapie de rembourser immédiatement des sommes aussi importantes.
Le Crédit Lyonnais procède alors à une série de saisies spectaculaires et médiatisées, dont le Phocéa et un hôtel particulier de la rue des Saints-Pères, et des procédures collectives contre le groupe Tapie : FIBT S.N.C. et GBT S.N.C. sont mises en liquidation judiciaire, et les héritiers Tapie sont tenus indéfiniment et solidairement responsables des dettes des deux sociétés.
Ce n’est donc pas Bernard Tapie lui-même qui est impliqué dans ces différentes procédures judiciaires, mais plutôt les liquidateurs de ses sociétés, qui sont typiquement des fonctionnaires de l’État comme des notaires ou des hussiers de justice désignés à cette fonction par le tribunal de commerce.
